Je conteste qu’on interdise le cortège de la CGT au centre de Paris pour l’enfermer aux portes de la ville
La préfecture de police a interdit, vendredi 30 octobre, les parcours déposés par la CGT et par des gilets jaunes dans le centre de Paris pour la manifestation du lendemain contre la vie chère. Elle les autorise à défiler en périphérie, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton. Les syndicats avaient saisi le juge des référés la veille pour pouvoir contester la décision.
Je conteste la décision de la préfecture de police de Paris. Vendredi 30 octobre, elle a interdit les parcours passant par le centre de la capitale, déposés par la CGT et par les gilets jaunes. Elle les renvoie sur les boulevards extérieurs, entre la porte de Bagnolet et la porte de Charenton, et leur demande de défiler ensemble. La manifestation est celle de samedi 31 octobre, et elle porte sur la vie chère.
Reprenons la chronologie, car elle éclaire tout. Le 24 octobre, un parcours d’abord validé entre Bastille et Nation avait finalement été interdit. La préfecture avait alors proposé aux syndicats un trajet de dernière minute le long des boulevards des Maréchaux. Le mercredi 28 octobre, elle a de nouveau refusé le parcours de la CGT entre la Bastille et la Nation. Le scénario se répète à une semaine d’intervalle.
Je conteste d’abord la méthode. Jeudi 29 octobre, sept syndicats de salariés et d’étudiants ont attaqué la préfecture en référé pour qu’elle publie au plus vite un arrêté d’interdiction partielle. Ils voulaient se donner le temps d’aller devant le juge. Ils disent refuser le piège d’un arrêté pris trop tard pour être contesté devant le tribunal administratif. Quand des organisations doivent saisir la justice pour obtenir qu’on leur notifie une interdiction, le droit au recours n’est plus qu’une façade.
Le motif avancé ne rassure pas. La préfecture invoque un « contexte social extrêmement tendu » et la nécessité de prévenir les débordements. Elle suit en cela l’annonce faite lundi par Emmanuel Macron, selon laquelle les tracés resteraient hors des centres-villes pour protéger les commerces. Une orientation générale, formulée en amont, devient donc une interdiction concrète. Il appartient au juge de dire si la mesure est proportionnée. Il appartient à la préfecture de démontrer, fait après fait, que le risque justifie d’écarter un cortège syndical du cœur de la ville.
Je conteste que ce risque soit présumé plutôt que prouvé. Le défilé du 24 octobre à Paris a donné lieu à moins d’interpellations que la semaine précédente, dans le calme. Si des éléments précis justifient l’interdiction du 31, qu’on les rende publics. Sans eux, « contexte tendu » est une formule qui peut s’appliquer à n’importe quel samedi de colère sociale.
Reste le lieu. Le tracé proposé par la préfecture longe le tramway, en bordure est de la capitale. On y marche, mais personne n’y regarde. Une manifestation contre la vie chère s’adresse aux pouvoirs publics, aux commerçants, aux passants. Elle perd l’essentiel de son sens quand elle est reléguée à la lisière de la ville. Les syndicats rappellent que le droit de manifester comprend le choix du parcours. Ils dénoncent une restriction excessive de ce droit.
Je conteste enfin que la discussion sur un itinéraire prenne la place de celle sur les prix. Le député Génération.s Benjamin Lucas-Lundy voit dans l’interdiction une façon de détourner les revendications sur le pouvoir d’achat et la justice sociale. Je n’ai pas à prêter d’intention à quiconque. Je constate l’effet. Ce vendredi, BFM rapporte que de nombreux Français ne partent plus pour les vacances de la Toussaint, à cause du carburant et de la baisse du pouvoir d’achat. Le sujet de fond est là, et c’est une querelle de tracés qui l’occupe.
Voici ce que L’Aurore attend, et que chacun pourra vérifier. Que la préfecture publie ses arrêtés assez tôt pour qu’un recours soit réel. Qu’elle les motive par des éléments précis, accessibles au public. Que la décision du tribunal administratif, quelle qu’elle soit, soit appliquée sans délai ni détour. Et que le gouvernement dise clairement si un cortège syndical a encore le droit de traverser le centre de Paris, ou si ce droit se trouve désormais suspendu à l’humeur d’une semaine.
franceinfo, 30 octobre 2026; France 24, 30 octobre 2026; Europe 1, 29 octobre 2026; CNews, 29 octobre 2026; ICI Paris Île-de-France (France 3), 29 octobre 2026; mesinfos.fr, 29 octobre 2026; BFM, 30 octobre 2026
- Manifestations du 31 octobre : la préfecture de police interdit les parcours dans le centre de Paris déposés par la CGT et les gilets jaunes (franceinfo)
- Mobilisation du 31 octobre : le parcours à Paris contesté devant la justice par les syndicats (France 24)
- Mobilisation du 31 octobre : quel parcours pour la manifestation à Paris ? (CNews)
- Manifestation à Paris : la préfecture refuse encore le tracé de la CGT (mesinfos.fr)
- Parcours de la CGT interdit à Paris le 31 octobre : Benjamin Lucas-Lundy dénonce une volonté de détourner des revendications (BFM)
Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de M.L..