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J’alerte l’Europe : après Urda, la sécurité ferroviaire ne peut plus attendre des rapports tardifs

Europe · · · Éditorial

Deux trains sont entrés en collision mercredi 28 octobre en Espagne, sur une ligne à grande vitesse. Le bilan est de 69 morts et de plus de 100 blessés, et l'Espagne a commencé trois jours de deuil national. Selon le ministre des Transports, l'enquête préliminaire pointe un ordre « inexplicable » donné par le centre de contrôle.

J’alerte l’Europe entière : ce qui s’est joué mercredi matin près d’Urda ne regarde pas que l’Espagne. Au moins 69 personnes sont mortes et plus de 100 ont été blessées, quand un train en a heurté un autre par l’arrière, dans la province de Tolède, sur la ligne qui relie Madrid à Séville. Le Premier ministre a décrété trois jours de deuil national. Le bilan a varié au fil de la journée. Les autorités régionales ont d’abord annoncé 64 morts, puis 69, après la découverte d’un nouveau corps sur le site.

Voici ce que les premiers éléments établissent. Une panne informatique a perturbé le système de signalisation LZB vers 8h30 et a stoppé six trains sur 63 kilomètres. Le centre de contrôle a alors pris la main, puis autorisé les trains à repartir sans limitation de vitesse. Le train Renfe est allé percuter le train Iryo, immobile plus loin. Le ministre Óscar Puente juge cette décision « erronée » et « inexplicable ». La conductrice du train Iryo avait signalé que sa rame restait à l’arrêt, et les enquêteurs n’ont pas encore établi comment cette alerte a été traitée.

J’alerte sur ce que cette chronologie dit d’un système, et non d’un individu. Une panne informatique peut survenir, personne ne prétend le contraire. Mais le ministre l’a rappelé : en cas de défaillance, c’est le centre de contrôle qui prend le relais. La sécurité de centaines de passagers repose alors sur des procédures, sur des échanges radio, sur la capacité de chacun à recouper une information. Quand tout tient à un ordre unique, quel filet reste-t-il ? Cette question appelle une réponse écrite, publique, vérifiable.

Elle se pose avec plus de gravité encore parce que ce drame n’est pas isolé. C’est le troisième incident mortel de l’année sur le réseau ferré espagnol. Il survient moins d’un an après une collision qui avait fait 46 morts. Celle-ci, survenue à Adamuz en janvier, avait pour cause la rupture d’un rail. Les causes diffèrent, l’enseignement est commun : une catastrophe sur une ligne à grande vitesse ne devrait jamais se répéter faute d’avoir été comprise à temps. Urda est la plus grande catastrophe ferroviaire du pays depuis Saint-Jacques-de-Compostelle, en 2013, qui avait fait 80 morts.

Les conséquences se prolongent déjà. La compagnie Renfe suspend la vente de billets entre Madrid et l’Andalousie jusqu’en décembre. Plusieurs ressortissants français restent injoignables, a annoncé le Quai d’Orsay, qui n’a pas donné leur nombre exact. Des familles attendent des nouvelles. Elles ont droit à une information claire, régulière, et à un calendrier d’enquête qu’on ne repousse pas.

J’alerte enfin contre la tentation du temps long. Le Premier ministre Pedro Sánchez a réclamé l’éclaircissement des causes. Il a promis que toute négligence serait traitée avec la plus grande fermeté. Le roi Felipe VI a demandé des mesures pour éviter une nouvelle catastrophe. Les mots sont à leur place. Ils ne remplacent ni un rapport, ni un audit, ni une date. Deux exploitants, l’un public, l’autre privé, ont partagé la même ligne et le même centre de contrôle. La responsabilité de chacun doit être établie sans flou.

Je demande donc des actes précis. Que la chronologie complète et les enregistrements soient rendus publics par une instance d’enquête indépendante, avec un calendrier annoncé dès maintenant. Qu’un audit des procédures de reprise de la circulation après une panne du système LZB soit mené et publié avant toute réouverture de la ligne. Que la Commission européenne et les gestionnaires de réseaux disent publiquement si des procédures comparables existent chez eux, et comment elles sont contrôlées. Que les familles, françaises comprises, reçoivent des réponses écrites. Soixante-neuf morts réclament mieux qu’un deuil.

Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de T.R..