Asie

J’alerte : 99,8 % des exportations suisses entrent libres en Chine, et nul ne détaille ce que Berne a cédé

Asie · · · Éditorial

Xi Jinping et Guy Parmelin ont signé vendredi 30 octobre à Pékin la révision de l'accord de libre-échange entre la Chine et la Suisse. Selon le texte révisé, 99,8 % des exportations suisses entreront sans droits de douane d'ici dix ans, contre environ la moitié auparavant. En retour, la Suisse supprime les droits sur 97,3 % des exportations agricoles chinoises. L'accord doit encore être ratifié par le Parlement suisse.

J’alerte sur un chiffre qui éblouit. Ce vendredi 30 octobre, à Pékin, Xi Jinping et Guy Parmelin ont signé la version modernisée de l’accord de libre-échange entre la Chine et la Suisse. Le texte révisé prévoit que 99,8 % des exportations suisses entreront sans droits de douane d’ici dix ans, contre environ la moitié auparavant. Berne évalue l’économie à 244 millions de francs par an. Le chiffre est net, répété, applaudi.

Un accord n’est pas un cadeau. Il a une contrepartie, et la voici : la Suisse supprime les droits sur 97,3 % des exportations agricoles chinoises, contre 80,1 % jusqu’ici. Qui, dans les campagnes suisses, absorbera cette ouverture ? Quelles filières, quels produits, quel calendrier ? Les dépêches publiées aujourd’hui ne le disent pas. Watson reconnaît lui-même qu’il est difficile de savoir si Berne a consenti des sacrifices. Cet aveu suffit à réclamer un inventaire.

J’alerte sur le flou du calendrier et des exceptions. Les trois quarts des exonérations doivent s’appliquer dès l’entrée en vigueur, le reste plus tard. L’horlogerie, vitrine du pays, est couverte à hauteur de 95,5 % de la valeur de ses exportations vers la Chine, ce qui laisse hors du champ un reliquat. Les comptes rendus parlent tantôt d’une exemption acquise, tantôt d’une exemption possible. Les entreprises, les salariés et les cantons ont droit à une grille claire : quel produit, quelle date, quel taux.

Le texte doit encore passer devant le Parlement. Swissmem, qui représente l’industrie des machines, demande aux Chambres fédérales de ratifier vite. L’impatience d’un exportateur est légitime. Elle ne remplace pas un examen. Un traité qui engage le pays pour dix ans ne se vote pas à la hâte.

J’alerte sur les engagements sociaux et environnementaux. La Confédération annonce un chapitre juridiquement contraignant sur le commerce et le développement durable, une première dans un accord conclu par la Chine, avec des règles renforcées pour les travailleurs et l’environnement. Un accord de coopération sur le travail et l’emploi l’accompagne. « Contraignant » est un mot. Il reste à dire qui contrôlera, selon quelle procédure, avec quelle sanction en cas de manquement. Les dépêches n’en disent rien.

Reste la sécurité. La Suisse est observée de près pour sa manière de concilier ses échanges avec Pékin, ses préoccupations de sécurité et la technologie. Les deux pays ont aussi réglé l’échange transfrontalier de données de recherche. Watson relaie l’analyse d’un spécialiste selon laquelle la Chine pousse la Suisse à implanter sur place ses compétences stratégiques. Si cette lecture est fondée, le Parlement doit le savoir avant de voter, pas après.

Le contexte aggrave l’exigence. Pékin a dressé ces derniers mois des barrières contre de nombreux pays européens et contre les États-Unis. Trois diplomates occidentaux cités par Zonebourse y voient un moyen de renforcer sa crédibilité de défenseur du libre-échange, pendant que Washington se détourne du multilatéralisme. La Suisse devient, selon plusieurs sources, un test pour d’autres économies. Une ouverture réservée à un seul pays n’a rien d’anodin pour ses voisins.

J’alerte donc, et j’exige des pièces. Le texte intégral, accessible à tous. Une étude chiffrée sur l’agriculture suisse. Le calendrier produit par produit. La description précise des mécanismes de contrôle du chapitre social et environnemental. Un débat parlementaire complet avant toute ratification. Le gain de 244 millions de francs est public. Que la liste de ce qu’il coûte le soit aussi.

Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de Louis R..