J’accuse un gouvernement qui règle les salaires au rythme des cortèges, et des chiffres que personne n’éclaire
Le jeudi 5 novembre, la CFDT, la CGT, FO, l'Unsa et la FSU appellent à une journée nationale de grève et de manifestations pour les salaires et les services publics. Le ministre du Travail vise une décision sur une hausse anticipée du Smic autour de cette date. Le gouvernement reçoit parallèlement les syndicats de la fonction publique, qui avaient quitté le rendez-vous salarial du 8 juillet sans mesure générale.
Le 5 novembre, des millions de salariés du public et du privé sont appelés à cesser le travail. Ce même jour, ou presque, le gouvernement entend fixer le sort du Smic. Le rapprochement n’a rien d’une coïncidence. Le pouvoir d’achat des Français se décide désormais en fonction du calendrier des cortèges.
J’accuse l’exécutif de n’avoir entendu l’urgence salariale qu’une fois la grève annoncée. Le 8 juillet, au rendez-vous salarial de la fonction publique, les organisations syndicales ont quitté la table faute de mesure générale et immédiate. Le 29 septembre, plus de 300 000 personnes ont défilé, selon les syndicats. Ce 29 octobre seulement, le cabinet du ministre de la Fonction publique reprend les bilatérales avec la CGT. Sept mois d’attente, puis la hâte à six jours de l’échéance.
J’accuse le flou que cette méthode fabrique. Selon Les Échos, relayés par plusieurs médias, la hausse anticipée serait d’environ 1 %, soit près de 15 euros nets par mois, dès le 1er novembre. D’autres sources, dont la CFTC, parlent plutôt du 1er décembre. Franceinfo évoque 1 % auquel s’ajouterait un coup de pouce de 0,5 %, soit 22 euros nets. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, assure que le coup de pouce n’est « pas un tabou » et qu’aucun arbitrage n’est rendu. Les sources divergent sur la date et sur le montant. Une personne payée au Smic, 1 478 euros nets selon franceinfo, ne peut pas organiser son mois sur des hypothèses.
J’accuse aussi le silence qui entoure les branches. Selon un calcul de la CGT, le bas des grilles de 122 branches sur un échantillon de 200 restait sous le salaire minimum à la mi-octobre. Le syndicat reproche au patronat de n’avoir rien concédé dans des dizaines de secteurs. Le Medef, de son côté, brandit 11,5 milliards d’euros de coût et 200 000 emplois menacés. Ces deux chiffres viennent de parties intéressées. Aucune expertise publique ne les départage devant les citoyens.
La critique vaut aussi pour ceux qui contestent. Les chiffres des syndicats ne se recoupent pas. La CFDT demande 100 euros nets. La CGT réclame 10 % selon son communiqué, et 150 euros selon d’autres comptes rendus. Le ministre répond que 150 euros feraient 16 % d’augmentation. Or, rapporté au Smic net cité plus haut, 150 euros représentent environ 10 %. Le gouvernement et la CGT devraient chacun expliquer leur calcul. Un front social qui parle de plusieurs sommes à la fois offre une prise facile à ceux qui veulent le diviser.
Reste le prix de la grève, que l’on tait. Dans la fonction publique d’État, toute heure d’arrêt entraîne la perte d’un trentième du salaire. Selon le calcul d’un site spécialisé, un agent payé 2 000 euros bruts perd 66,67 euros pour une heure. Dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière, la retenue suit la durée réelle. Deux règles pour un même droit de grève, c’est une inégalité que nul n’a jamais justifiée.
Les intersyndicales demandent aussi la hausse du point d’indice et des négociations dans toutes les branches. Elles reprochent au budget 2027 de geler le salaire des fonctionnaires, ce que le gouvernement doit confirmer ou démentir à visage découvert.
Nous exigeons des actes que chacun pourra vérifier. Que le montant et la date de la hausse du Smic soient publiés avant le 5 novembre, avec le détail du calcul. Que le projet de budget dise noir sur blanc ce qu’il prévoit pour le point d’indice. Que l’État contraigne les branches restées sous le Smic à rouvrir leurs négociations. Qu’un chiffrage public et contradictoire départage le Medef et les syndicats. Que ces derniers, enfin, présentent une plateforme chiffrée commune. Les salariés n’ont pas à deviner leur salaire à la lueur des banderoles.
CGT État, 29/10/2026 ; Libération, 29/10/2026 ; Acteurs Publics, 29/10/2026 ; Moneyvox, 29/10/2026 ; Les Échos+, 29/10/2026 ; Franceinfo, 29/10/2026 ; SE-UNSA ; Economie Matin ; Actu-alt-plus
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Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de La Redaction de lAurore.