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J’accuse des campagnes qui se gagnent dans l’ombre des algorithmes, sans règle ni regard public

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Devancé au premier tour (45,16 % contre 47,03 %), Lula a remporté la présidentielle brésilienne le 25 octobre avec 51,79 % des voix face à Flavio Bolsonaro. Entre les deux tours, une chaîne WhatsApp baptisée « l'armée de Lula » est passée d'environ 50 000 à près de 11 millions d'abonnés. Deux experts interrogés par France 24 estiment qu'elle a joué un rôle décisif.

Yvan T.vdulacModifier le profil

Voyez d’abord les chiffres, car ils sont têtus. Au premier tour, Luiz Inácio Lula da Silva était battu : 45,16 % des voix contre 47,03 % pour Flavio Bolsonaro, soit 2,2 millions de suffrages de retard. Le dimanche 25 octobre, il l’a emporté avec 51,79 % contre 48,21 %. Jamais, depuis 1989, un candidat distancé au premier tour n’avait renversé la situation.

Entre les deux scrutins, une chaîne WhatsApp nommée « l’armée de Lula » est passée d’environ 50 000 abonnés à près de 11 millions. Son fondateur, le député André Janones, y distribuait chaque jour des missions : relayer des vidéos, fabriquer des mèmes, pousser des hashtags. Deux experts consultés par France 24 jugent son rôle décisif, l’un d’eux le dit « absolument certain ». Précisons pourtant ce que ce jugement est : une analyse, non une mesure. Aucune source ne chiffre les électeurs que cette chaîne aurait réellement déplacés.

J’accuse la neutralité de façade. Plus de la moitié des internautes brésiliens s’informent chaque semaine sur les réseaux sociaux, davantage que devant la télévision, selon le Digital News Report 2026. Quand l’opinion se forme là, déserter ce terrain revient à déserter le débat. La gauche de Lula l’avait fait. Elle y est entrée tard, et elle a gagné. Personne ne peut décemment regarder ces outils comme un simple décor de campagne.

J’accuse des plateformes dont les algorithmes tranchent entre ce qui circule et ce qui s’éteint, sans que le citoyen sache comment. Le camp victorieux a appris à les manœuvrer : ses abonnés devaient ignorer les contenus d’extrême droite, ni vues, ni partages, ni réponses, pour que la machine les juge peu viraux. Lorsque le sort d’une élection tient en partie à la docilité d’un mécanisme opaque, le scrutin ne se joue plus seulement devant les électeurs. Et la suspension de la chaîne par la justice électorale le 11 octobre, à la demande de Flavio Bolsonaro, puis son rétablissement, ont surtout attiré de nouveaux abonnés. Une décision censée arbitrer a produit l’effet inverse de celui recherché.

J’accuse le silence qui entoure ces pratiques depuis huit ans. En 2018, le quotidien Folha de S. Paulo révélait que des entreprises avaient financé des envois massifs de messages contre le Parti des travailleurs, au profit de Jair Bolsonaro, ce que son camp dément. Sous sa présidence, la Cour suprême a enquêté sur un « cabinet de la haine » soupçonné de produire de fausses informations. Ce mois-ci, des contenus générés par intelligence artificielle ont dénigré les rassemblements de la gauche, relayés par des élus suivis par des millions de personnes. Rien, dans ce que nous avons sous les yeux, ne dit que la règle ait rattrapé la pratique.

Je ne laisserai pas non plus croire qu’une arme devient vertueuse parce qu’on aime la cause qu’elle sert. Selon l’universitaire Arnaud Mercier, l’extrême droite prospère en ligne parce qu’elle y trouve un « contre-espace public », faute de place dans les grands médias. Le camp Lula a retourné ces méthodes contre elle. Le président, lui, demande à son armée de ne pas se « démobiliser », alors qu’il devra gouverner face à un Parlement largement conservateur. Qui contrôlera demain une troupe numérique permanente au service d’un pouvoir, quel qu’il soit ? La question vaut pour Brasilia comme pour Paris.

Alors je demande des actes, précis et vérifiables. Que les plateformes publient, en période électorale, les principes de recommandation de leurs contenus politiques. Que tout envoi massif de messages à visée électorale soit rattaché à un financeur déclaré. Que les contenus produits par intelligence artificielle portent une mention visible. Que toute suspension d’un canal soit motivée, rendue publique et susceptible de recours rapide. Nous ne pouvons pas rester neutres devant ces outils, mais nous pouvons exiger qu’ils obéissent à des règles que chacun peut lire.

Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de A.D..