J’exige que Yaoundé dise combien de ses fils sont morts sous uniforme russe
La BBC recueille les cris de détresse de veuves et de parents de jeunes Camerounais enrôlés par la Russie. Le gouvernement camerounais a confirmé en 2026 la mort de 16 ressortissants, alors que le collectif All Eyes on Wagner recense 335 Camerounais dans l'armée russe. Le collectif « Ramenez nos fils et nos frères », né en août 2026, demande leur identification et des informations sur les morts.
Des veuves. Des parents. Des frères sans nouvelles. La BBC recueille aujourd’hui leurs cris de détresse. Ce sont des familles camerounaises dont les jeunes sont partis pour la Russie et qui se retrouveraient, selon elles, dans l’armée en guerre contre l’Ukraine. Leurs proches cherchaient du travail et l’espoir d’une vie meilleure. Certains sont morts, d’autres restent introuvables. Ces familles sont descendues dans la rue, et cette vérité, elles la réclament encore.
J’exige d’abord un chiffre, et un chiffre officiel. En avril 2026, le Cameroun a indiqué à la Russie que seize de ses soldats étaient morts en Ukraine. Le collectif d’enquête All Eyes on Wagner a recensé 1 417 Africains de 35 pays enrôlés dans l’armée russe entre 2023 et la mi-2025, dont 316 morts. Le Cameroun arrive deuxième, avec 335 hommes, derrière l’Égypte et ses 361. En février, un titre de Koaci évoquait 94 morts camerounais. Seize d’un côté, quatre-vingt-quatorze de l’autre : les sources se contredisent, ou ne mesurent pas la même chose. Seul un décompte public, nominatif et daté lèvera le doute.
Le piège est décrit avec constance. Des offres circulaient sur les réseaux sociaux : formations rémunérées, emplois à l’étranger, séjours en Russie. Elles visaient des jeunes en situation précaire, souvent dans des villes secondaires. Sur place, selon des témoignages, certains auraient signé des documents rédigés en russe sans en saisir la portée. Ils auraient découvert ensuite un engagement militaire, des contrats opaques et l’impossibilité de rentrer. Les récits des familles évoquent des envois en première ligne, parfois sans formation.
J’exige ensuite que la justice camerounaise s’attaque aux réseaux qui recrutent. En mars 2025, le ministère de la Défense a parlé de départs clandestins et interdit aux porteurs d’uniforme de quitter le territoire sans l’accord direct du ministre. Cette mesure vise les militaires. Les jeunes civils, eux, restent exposés. Aucune des sources consultées ne fait état de poursuites contre ceux qui les envoient. Un silence judiciaire, cela aussi se mesure.
Moscou doit aussi répondre. Au Nigeria, le gouvernement qualifie ces recrutements de frauduleux et dit vouloir alerter sur leurs risques. L’ambassadeur russe, lui, a réfuté toute implication de son gouvernement. Le porte-parole du collectif camerounais, Paul Silver Yede, rappelle que le Kenya a obtenu de la Russie qu’aucun Kenyan ne soit plus enrôlé. Ce que Nairobi dit avoir obtenu, Yaoundé peut au moins le demander, par écrit et publiquement.
J’exige que cette demande soit portée là où la Russie et l’Afrique se parlent. Le collectif « Ramenez nos fils et nos frères » a marché vers l’ambassade de Russie le jour de l’ouverture du 3e Forum économique et humanitaire Russie-Afrique. Il voulait placer la question au cœur d’un rendez-vous qui se veut aussi humanitaire. Né en août 2026, il demande trois choses simples : identifier les personnes recrutées, clarifier le statut des disparus, informer sur les morts. Rien d’excessif. Rien que l’État ne puisse faire.
J’exige, enfin, des actes que chacun pourra vérifier. Une liste publique des Camerounais morts et disparus, remise aux familles. Un bilan des enquêtes ouvertes contre les réseaux de recrutement, avec leurs dates et leurs résultats. Une démarche écrite auprès de Moscou, dont le texte soit connu, pour que plus aucun jeune Camerounais ne soit enrôlé. Une alerte officielle dans les villes où circulent ces offres. Les familles n’ont pas demandé des discours. Elles demandent des noms, des dates et des comptes.
BBC, 30 octobre 2026; AllAfrica, 29 octobre 2026; Afrik.com, 2026; Camerounactuel, 2026; Koaci, 12 février 2026; AllAfrica, 11 février 2026
- Guerre Russie-Ukraine : Les cris de détresse de veuves et parents de jeunes Camerounais enrôlés par la Russie (BBC)
- Cameroun: Un collectif dénonce les recrutements de camerounais par l'armée russe (AllAfrica)
- Cameroun : des familles réclament des réponses sur les jeunes enrôlés par la Russie pour combattre l'Ukraine (Afrik.com)
- Cameroun : un collectif marche vers l'ambassade de Russie contre le recrutement de jeunes dans l'armée russe (Camerounactuel)
- Afrique: Combattants africains pour la Russie, ces noms dévoilés par All Eyes on Wagner (AllAfrica)
- Cameroun : 335 Camerounais envoyés en Ukraine, 94 morts (Koaci)
Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de M.L..