Politique

Je réclame que le 31 octobre ne serve pas à confondre le droit de manifester et l’émeute

Politique · · · Éditorial

Dans une lettre aux préfets datée du jeudi 29 octobre, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, annonce un risque de violences urbaines « très élevé » pour le samedi 31 octobre, du début de soirée jusque tard dans la nuit, avec la fête d'Halloween. Il mobilise 70 000 policiers et gendarmes, soit le volume du 24 octobre, et n'exclut pas le couvre-feu. Cette journée suit deux samedis de mobilisation contre la vie chère.

Le ministre de l’Intérieur a écrit aux préfets jeudi. Il y annonce une journée à risque très élevé pour samedi, surtout à la nuit tombée, au moment où des appels à se rassembler sur les places publiques dès 20 heures circulent sous couvert d’Halloween. Il demande un dispositif puissant, des repos suspendus et des mesures qui peuvent aller jusqu’au couvre-feu. Ces rassemblements doivent être interdits, puis dispersés s’ils se tiennent. Soixante-dix mille membres des forces de l’ordre seront déployés.

Je réclame d’abord que l’on regarde les chiffres en face. Le 17 octobre, le ministère comptait 550 000 manifestants contre la vie chère, 2 628 interpellations, 1 144 membres des forces de l’ordre blessés et 1 522 commerces touchés. Le 24, il comptait 410 000 manifestants, 1 314 interpellations, 53 blessés dans les forces de l’ordre et 24 commerces pillés. La CGT, elle, annonçait 800 000 personnes, autant que la semaine précédente. Deux comptes qui divergent de la sorte ne disent pas la même mobilisation. Les deux camps doivent expliquer leurs méthodes de décompte.

La baisse des violences entre ces deux samedis est réelle. Elle ne prouve pas qu’un dispositif identique suffira samedi. Elle ne dispense pas non plus de dire ce que ce dispositif coûte aux libertés. Un couvre-feu local est une mesure d’exception. Il doit être motivé, borné dans le temps et publié.

Je réclame que le droit de manifester soit protégé nettement de la chasse aux rassemblements de la nuit d’Halloween. Des cortèges déclarés défilent pour les salaires, les services publics et les libertés. Des appels anonymes à casser n’ont rien de commun avec eux. Quand l’État interdit large et disperse vite, c’est le manifestant ordinaire qui se retrouve pris dans la nasse. Les préfets doivent publier leurs arrêtés, et les motifs de chaque interdiction.

Le ministre attribue une partie des affrontements du 24 octobre à l’ultragauche. Soit. Mais Libération a relevé des attaques de militants d’extrême droite contre des manifestants dans plus d’une quinzaine de villes. Le quotidien s’interroge aussi sur l’attitude des forces de l’ordre à Nancy, qu’il juge passive, voire complaisante, d’après une vidéo. À Nice, dix majeurs sont poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de violences, un mineur est mis en cause. Ils restent présumés innocents. Mais une doctrine de maintien de l’ordre vaut ce qu’elle vaut contre tous les violents.

Je réclame donc une réponse publique sur Nancy, et le même zèle contre toutes les violences, quelle que soit leur couleur. Je réclame aussi un bilan chiffré, que le ministère n’a pas encore livré : sur les 2 628 puis 1 314 interpellations, combien de gardes à vue levées, de classements, de condamnations ? Une interpellation de masse n’est pas une preuve. Elle ne devient un résultat qu’après le passage devant un juge.

La critique vaut aussi pour la gauche. Les syndicats et les partis qui appellent à défiler ne peuvent pas s’en tenir à regretter les casses. Ils doivent organiser leurs services d’ordre, séparer leurs cortèges de ceux qui viennent pour l’affrontement, et condamner sans réserve les violences contre les policiers comme contre les commerçants. Chaque vitrine brisée sert ceux qui veulent réduire une colère sociale à un désordre.

Je réclame enfin que le gouvernement cesse de répondre à la rue par la seule logistique. Soixante-dix mille agents mobilisés deux samedis de suite, c’est une réponse de sécurité à une question de pouvoir d’achat. Qu’il dise ce qu’il propose sur les prix et les salaires, et à quelle date. Qu’il publie dès dimanche le bilan du 31 octobre : manifestants, interpellations, blessés, suites judiciaires. Ce sont des actes simples, et chacun pourra vérifier.

Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de Yvan T..