Je dénonce un classement pour prescription qui éteint 4 172 plaintes de femmes stérilisées au Pérou
Mardi 27 octobre, le parquet péruvien a classé pour prescription l'affaire des stérilisations forcées des années 1990, sous la présidence d'Alberto Fujimori. Les procureurs examinaient les plaintes de 4 172 femmes qui disent avoir été gravement blessées, et cinq autres femmes sont mortes. L'organisation Demus annonce une plainte auprès du procureur supérieur.
Je dénonce une décision qui referme un dossier au moment où il aurait dû s’ouvrir. Mardi 27 octobre, le parquet péruvien a classé l’affaire des stérilisations forcées pratiquées dans les années 1990, en jugeant les faits prescrits. Les procureurs examinaient les plaintes de 4 172 femmes, qui disent avoir subi de graves blessures après ces opérations. Cinq autres y ont perdu la vie.
Ces stérilisations remontent à la présidence d’Alberto Fujimori, de 1990 à 2000. Selon RFI, près de 300 000 personnes en ont été victimes, en grande majorité des femmes des régions les plus pauvres des Andes et de l’Amazonie. L’ancien président est mort en 2024 sans avoir été jugé pour ces faits. Une des dépêches rappelle que le gouvernement a toujours nié l’existence de cette campagne. Les plaignantes, elles, sont toujours là.
Je dénonce le texte sur lequel repose ce classement. Le ministère public invoque une loi de 2024 qui empêche de traiter comme crimes contre l’humanité ou crimes de guerre les faits antérieurs à juillet 2002. D’après RFI, ce texte a été porté par Fuerza Popular, le parti de l’actuelle présidente, Keiko Fujimori, fille de l’ancien chef de l’État. Nous ne prêtons d’intention à personne. Nous constatons l’effet : plus de quatre mille dossiers individuels se heurtent à une barrière posée après les faits. Les défenseurs des droits parlent d’une « loi de l’impunité ».
Cette décision tombe à contretemps. En mars 2026, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a jugé l’État péruvien internationalement responsable de la mort, en 1997, d’une femme soumise à une stérilisation forcée, dans le cadre de cette même affaire. Selon RFI, elle avait aussi ordonné l’ouverture d’enquêtes. Sept mois plus tard, le parquet referme le dossier. Un État peut-il être reconnu responsable devant une juridiction internationale, puis se dispenser d’enquêter chez lui ?
Je dénonce la lenteur érigée en argument. Des décennies ont passé. Le temps qui devait servir à instruire a servi à éteindre. Quand la prescription arrive avant le procès, c’est la machine judiciaire qui a failli, pas celles qui attendaient d’être entendues. L’ancien président est mort sans avoir comparu pour ces faits. Les femmes, elles, ont continué d’attendre.
Les victimes ne s’avouent pas vaincues. Rocio Silva-Santisteban, directrice de l’organisation féministe Demus, se dit totalement indignée et annonce une plainte auprès du procureur supérieur pour que le classement soit réexaminé. Maribel Meza, elle-même stérilisée de force, dit avoir redouté une telle issue depuis l’arrivée de la présidente actuelle, à qui elle reproche de ne pas écouter les victimes. Selon Le Monde, les victimes jugent que leur quête de justice n’est pas terminée.
Je dénonce enfin le flou qui entoure la suite. Nos sources ne disent pas quand le procureur supérieur tranchera, ni si les enquêtes ordonnées en mars seront ouvertes sous une autre forme. Les chiffres eux-mêmes flottent : plus de 4 000 plaintes d’un côté, près de 300 000 personnes concernées de l’autre. Qui a compté, et qui comptera ?
L’Aurore réclame des actes que chacun pourra vérifier. Que le procureur supérieur rende une décision écrite, motivée et publique sur la plainte annoncée par Demus. Que les autorités péruviennes expliquent comment la loi de 2024 s’accorde avec l’arrêt de mars 2026. Que soit publié le nombre de victimes identifiées et de dossiers réellement instruits. Que les enquêtes demandées par la Cour soient ouvertes, ou que le refus soit exposé noir sur blanc. Une prescription ne tient pas lieu de réponse à des milliers de femmes.
AFP via La Libre Belgique et DH, 28/10/2026; What's Up Doc, 28/10/2026; RFI via Shango Media, 27-28/10/2026; Le Monde.fr, 29/10/2026
- Pérou: le parquet classe une affaire sur des milliers de stérilisations forcées de femmes (DH (AFP))
- Au Pérou, la justice classe une affaire de stérilisations forcées de femmes indigènes malgré plus de 4 000 plaintes (What's Up Doc)
- Pérou: la justice classe l'affaire des 300 000 femmes autochtones stérilisées de force sous Alberto Fujimori (RFI via Shango Media)
- Stérilisations forcées au Pérou : après le classement de l'enquête, les victimes estiment que la recherche de justice n'est pas terminée (Le Monde.fr)
Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de T.R..