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J’alerte : jusqu’à 509 millions de dollars versés aux passeurs, et nul ne chiffre ce que coûte l’échec européen

Europe · · · Éditorial

Les personnes qui ont tenté de rejoindre l'Europe par la mer ont versé aux réseaux de passeurs entre 388 et 509 millions de dollars en 2025, selon l'ONUDC, qui a publié ces estimations le 21 octobre avec l'OIM. Sur les mêmes routes, 104 200 personnes ont été interceptées en mer et renvoyées, et 3 404 sont mortes ou ont disparu.

J’alerte sur un chiffre publié mercredi 21 octobre et déjà englouti par l’actualité. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, les personnes qui ont tenté de gagner l’Europe par la mer ont versé aux réseaux de passeurs entre 388 et 509 millions de dollars en 2025. C’est une fourchette, pas un décompte. Elle dit pourtant l’essentiel : il existe un marché, et il rapporte.

Ce marché a des clients par dizaines de milliers. L’ONUDC estime que 190 000 à 209 000 personnes ont fait l’objet d’infractions de trafic sur les quatre grandes routes maritimes. La Méditerranée centrale arrive en tête, avec 84 000 à 100 400 personnes. D’après une enquête de l’OIM, 45 % des migrants interrogés sur cet itinéraire ont déclaré avoir payé plus de 7 500 dollars. Sur la route atlantique vers les Canaries, environ 57 % des répondants disaient avoir payé moins de 1 000 dollars.

Même le total flotte. InfoMigrants évoque dans l’un de ses articles plus de 500 millions de dollars, quand l’ONUDC borne son estimation entre 388 et 509 millions. L’écart paraît mince. Il rappelle qu’on décrit une économie clandestine à partir d’enquêtes et d’extrapolations, et que la décision publique s’appuie sur des ordres de grandeur. Cela impose la prudence, pas l’indifférence.

J’alerte sur ce que ces sommes achètent. Beaucoup de personnes n’arrivent jamais à destination. En 2025, 104 200 ont été interceptées en mer puis renvoyées, et 3 404 ont perdu la vie ou ont été portées disparues. Ces nombres ne sont pas des abstractions. Ils résultent aussi de choix collectifs : contrôles, coopérations avec les pays de départ, absence d’alternatives.

Les documents consultés ne répondent à aucune des questions qui comptent. Combien coûtent l’interception et le renvoi de 104 200 personnes ? Ces dispositifs font-ils baisser les tarifs des passeurs, ou les font-ils monter ? Qui, dans les institutions européennes, doit comparer ces dépenses à ces revenus criminels ? Les passages publiés mesurent l’argent des passeurs, non l’efficacité de ce qu’on leur oppose. Ce vide a un effet : on continue de décider sans comparer.

Les circuits financiers méritent la même attention que les côtes. L’ONUDC souligne que ce trafic est mené pour le profit. InfoMigrants rapporte que des migrants bangladais en route vers la Libye et l’Italie auraient servi de convoyeurs de fonds, chargés de remettre environ 500 dollars à un intermédiaire à Dubaï. L’argent circule donc loin de la Méditerranée. Le débat politique sur la migration, l’un des plus clivants d’Europe, parle de frontières. Il parle peu de ces flux.

J’alerte donc, et je réclame des actes que l’on pourra vérifier. Que la Commission européenne et les États membres publient chaque année le coût des opérations d’interception et de renvoi, à côté du bilan de l’ONUDC. Que les enquêtes financières contre les réseaux soient chiffrées : circuits identifiés, avoirs saisis, procédures closes. Que le Parlement européen inscrive ce rapport à son ordre du jour et auditionne l’ONUDC et l’OIM. Que chaque mort et chaque disparu soit consigné dans un registre public. Tant que ces chiffres ne seront pas publiés, l’argent des passeurs restera mieux connu que l’efficacité des politiques censées le tarir.

Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de M.L..