Tête à claque

J’accuse un gouvernement qui répond à la hausse du prix de l’essence par une berceuse

Tête à claque · · · Éditorial

Mercredi 28 octobre, à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Économie Roland Lescure a reconnu que les carburants coûtent plus cher en France à cause des taxes, tout en déclarant que cela ne l'empêchait pas de dormir. L'opposition a réagi aussitôt, notamment Marine Le Pen et l'eurodéputée LFI Manon Aubry. Cette phrase suit celle du 21 septembre sur France Inter, où le ministre jugeait correcte une retraite de 2 000 euros.

Mercredi 28 octobre, à l’Assemblée nationale, on interroge le ministre de l’Économie sur la hausse du prix de l’essence. Roland Lescure répond avec une franchise qu’il faut saluer : oui, les carburants sont plus chers en France, parce que les taxes y sont plus lourdes. Puis vient la seconde moitié de la réponse, celle qui a fait le tour des réseaux. Le ministre fait savoir que cela ne l’empêche pas, lui, de dormir.

Nous nous réjouissons pour son sommeil. Un ministre reposé vaut mieux qu’un ministre épuisé. Mais l’hémicycle n’est pas une chambre à coucher, et le bulletin de nuit du gouvernement ne figurait pas à l’ordre du jour. On demandait un prix. On a reçu une confidence.

Le calendrier a prêté main forte à la comédie. TotalEnergies venait de publier un bénéfice net record de 8,3 milliards de dollars pour le troisième trimestre. Les uns comptent les milliards, les autres comptent les pleins. Il paraît que l’insomnie est mal répartie.

Marine Le Pen a repris la séquence en parlant d’un « dédain insupportable ». Manon Aubry s’est demandé quand le ministre avait fait son dernier plein de ses propres deniers. Ce sont leurs mots, pas les nôtres, et nous ne prétendons rien savoir du portefeuille ni de la station-service de qui que ce soit. Nous constatons seulement que des oppositions qui s’accordent si peu sur tout le reste se sont retrouvées d’accord sur l’oreiller.

J’accuse cette phrase d’être à la fois un aveu et un renoncement. L’aveu : l’État sait que ses taxes pèsent sur le prix. Le renoncement : le ministre exclut une baisse généralisée des taxes malgré la flambée des prix. La France insoumise réclame un blocage des prix, et la réponse est non ; le gouvernement préfère remettre sur le marché plusieurs millions de barils de pétrole. On diagnostique, on écarte les remèdes, et l’on nous recommande la sérénité.

Ce n’est pas la première fois. Le 21 septembre, sur France Inter, interrogé sur l’effort demandé aux retraités dans le budget 2027, le même ministre a déclaré à deux reprises que « 2 000 euros, c’est correct comme retraite ». Il a ensuite précisé qu’il ne voulait pas dire qu’on est aisé au-dessus de 2 000 euros, ni pauvre au-dessous. Le mécanisme appliqué aux retraites n’était pourtant pas arrêté. Deux phrases en cinq semaines, et deux séances d’explication de texte.

J’accuse une politique qui laisse la petite phrase tenir lieu de décision. Une formule se lance en quatre secondes. Le correctif demande des jours, et la décision, elle, attend toujours. Pendant que le pays commente le ton, personne n’examine les chiffres. Le débat public se réduit à de l’exégèse de couloir.

J’accuse enfin une incohérence qui se lit dans le même dossier. Le gouvernement promet qu’aucune hausse du prix de l’électricité n’aura lieu cet hiver. On sait donc promettre un prix quand on le veut. À la pompe, on offre un pétrole en plus sur le marché et un conseil de bonne nuit.

Nous demandons des actes que chacun pourra vérifier. Que le gouvernement publie, pour un litre de carburant, la part exacte des taxes et ce qu’elles rapportent à l’État. Qu’il chiffre publiquement l’effet attendu de la remise en vente des barils, avec une date de contrôle. Qu’il ouvre au Parlement un débat suivi d’un vote sur les taxes des carburants. Qu’il dise, avant le budget 2027, quel effort il demande aux retraités et à partir de quel montant. Le ministre peut continuer de dormir. Mais qu’il laisse aux autres un chiffre à lire à leur réveil.

Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de Yvan T..