J’accuse l’État de sauver Eramet à la dernière minute, sans bâtir la souveraineté qu’il proclame
Eramet a publié jeudi 29 octobre des ventes de 746 millions d'euros pour le troisième trimestre 2026, en hausse de 4 %. Le nickel reste sous pression et la mine indonésienne de Weda Bay a connu quatre mois de maintenance. Le groupe prépare toujours son augmentation de capital de 500 millions d'euros, à laquelle l'État participera pour devenir son premier actionnaire, sans dépasser 50 %.
Ce jeudi, Eramet a présenté ses comptes du troisième trimestre. Les ventes atteignent 746 millions d’euros, en hausse de 4 %. Derrière ce chiffre, il y a quatre mois de maintenance à Weda Bay, plus grande mine de nickel du monde, dont Eramet est actionnaire minoritaire. Il y a un redémarrage qui a alourdi les coûts, une énergie plus chère et un marché du nickel écrasé par l’offre indonésienne. Ces données excluent la majeure partie de la SLN, en Nouvelle-Calédonie, dont le fardeau revient à l’État. Voilà l’état réel de notre champion des métaux.
J’accuse l’État d’avoir attendu que la survie du groupe soit en jeu pour agir. Eramet venait de subir une perte de 477 millions d’euros en 2025 et une interruption de production n’était plus exclue. L’augmentation de capital avait été annoncée en février. Il a fallu attendre le 12 octobre pour que l’Élysée dise enfin que l’État deviendrait le premier actionnaire. On ne bâtit pas une politique industrielle en pompier, une fois le feu déclaré.
J’accuse l’État de s’arrêter au milieu du gué, et de laisser le flou s’installer sur ce qu’il fait vraiment. La présidence de la République a promis de ne pas dépasser 50 % du capital. Eramet, de son côté, parle de droits de vote plafonnés à 49 % pour l’agence des participations. Les sources divergent sur la suite. L’une évoque un État qui deviendrait majoritaire. Une autre chiffre la montée de 27 % à plus de 37 %. L’opération dépend aussi d’une dérogation de l’AMF sur l’obligation de déposer une offre publique. Pendant ce temps, le groupe cherche à vendre des participations minoritaires avant la fin de l’année. Un actionnaire qui veut peser doit dire jusqu’où il va.
J’accuse le discours officiel de parler de souveraineté sans jamais parler de prix. L’Union européenne importe presque tout son manganèse, son lithium et son nickel raffiné, principalement de Chine. Le manganèse sert aux alliages, le nickel à l’acier inoxydable et aux batteries, le lithium aux batteries. Ce sont des objets de la vie courante. Qui ne maîtrise pas la source subit le tarif fixé ailleurs, et les ménages finissent par le payer, à la caisse, sur des années. Aucun des documents publics que nous avons consultés ne dit quel effet l’État attend de sa prise de participation sur ce que paient les industriels et les consommateurs. La souveraineté se mesure aussi au pouvoir d’achat.
La question économique est légitime, et nous ne la fuyons pas. Au lendemain de l’annonce, le titre a perdu 7 % pour s’établir à 40,44 euros. Le marché anticipe la dilution des actionnaires actuels. Une recapitalisation a un coût, et des comptes doivent être rendus. Mais parce qu’on ne peut pas se passer de ces métaux, la rentabilité ne se décrète pas. Elle se prépare, et elle se prépare dans les laboratoires.
J’accuse l’État de ne pas dire ce qu’il met dans la recherche, alors que la preuve de son utilité existe déjà. Eramet a déployé un procédé d’extraction directe du lithium développé en France et protégé par 12 brevets. Il a été testé cinq ans sur un site pilote. Il récupère environ 90 % du lithium, contre 40 à 50 % pour l’évaporation classique. Voilà ce que produit la recherche : un avantage qu’aucune levée de fonds ne remplace. Dans les communiqués du 12 octobre, nous n’avons trouvé aucune ligne chiffrée consacrée à la recherche sur l’extraction, le raffinage ou le recyclage.
Nous demandons donc des actes que chacun pourra vérifier. Que le gouvernement publie le montant et le calendrier des crédits publics de recherche sur les métaux critiques, avec ce qui revient à Eramet et à ses partenaires. Qu’il explique devant le Parlement pourquoi son engagement s’arrête à 50 %, et ce que ce plafond garantit. Qu’il rende publique l’évaluation de l’effet attendu de cette prise de participation sur les prix payés par les industriels et les ménages. Un champion français ne se soutient pas à moitié. Nous attendons ces réponses avant que l’augmentation de capital ne soit bouclée.
Outre-mer La 1ère, 29 octobre 2026; Franceinfo, 12 octobre 2026; Ministère de l'Économie, 12 octobre 2026; Eramet via GlobeNewswire, 12 octobre 2026; Zonebourse, 13 octobre 2026; Actu-Environnement, octobre 2026; L'Énergeek, 14 octobre 2026
- Eramet continue de préparer son augmentation de capital, pénalisé par le nickel au 3e trimestre (Outre-mer La 1ère)
- L'Etat va devenir le premier actionnaire du spécialiste des métaux critiques Eramet, en difficulté financière (Franceinfo)
- Eramet confirme son projet d'augmentation de capital en 2026, grâce au soutien de ses actionnaires de référence et un investissement stratégique de l'Etat (Eramet via GlobeNewswire)
- Eramet : l'Etat devient premier actionnaire, le titre chute après une levée de 500 millions d'euros (Zonebourse)
- Minerais critiques : l'État monte au capital d'Eramet pour sécuriser la souveraineté industrielle (Actu-Environnement)
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