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J’accuse le silence de Caracas : neuf corps comptés à Apure, et aucune version officielle

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Un bombardement attribué à l'armée vénézuélienne a visé samedi un camp de la guérilla colombienne ELN, dans l'État d'Apure, près de la frontière colombienne. L'ONG Fundaredes, qui a transmis une vidéo à l'AFP, affirme avoir compté neuf corps. Selon la presse colombienne, aucune information officielle n'était disponible.

J’accuse le silence qui entoure ce bombardement. Samedi, une frappe attribuée à l’armée vénézuélienne a touché un camp de la guérilla colombienne ELN, en territoire vénézuélien, dans l’État d’Apure, près de la frontière avec la Colombie. Elle a fait plusieurs morts. Nous n’en savons pas plus, car ceux qui devraient parler se taisent.

Les faits connus tiennent à des témoignages et à une vidéo. L’ONG Fundaredes a affirmé à l’AFP que l’un de ses employés avait dénombré neuf cadavres. Son directeur, Javier Tarazona, parle du premier bombardement du Venezuela contre l’ELN. L’organisation a partagé des images d’arbres abattus et des ruines d’un campement en zone rurale boisée. Fundaredes et l’experte en affaires militaires Rocío San Miguel, qui s’appuient sur des habitants, évoquent une dizaine d’autres morts.

J’accuse l’absence de version officielle. La presse colombienne rapporte que les premières versions évoquent des membres de l’ELN tués, mais que rien n’est confirmé par les autorités. L’attribution à l’armée vénézuélienne reste donc une attribution. Les chiffres reposent sur une ONG et sur des habitants. Un bilan aussi lourd, sur un sol que Caracas dit contrôler, appelle un communiqué, un chiffre, un nom de commandement. Il n’a produit que du vide.

Les sources se recoupent sur l’essentiel, mais le détail varie. Un média colombien situe les faits dans le secteur de Buena Vista del Meta. Il indique que neuf corps auraient été transférés à San Fernando, capitale d’Apure, pour des examens médico-légaux. Il ajoute que dix autres morts seraient restés sur place et que des blessés auraient gagné la Colombie. Tout cela est présenté au conditionnel. Nous le relayons de la même façon.

Reste la question du précédent. L’État d’Apure a déjà connu des frappes aériennes sur des campements de guérilla en 2021, d’après la documentation disponible. Fundaredes affirme pourtant que celle-ci est la première contre l’ELN, la guérilla active la plus puissante du continent depuis le désarmement de l’essentiel des FARC en 2016. Si ce basculement est avéré, il change la nature de la frontière. Il change aussi le sort de ceux qui y vivent.

J’accuse cette frontière d’être traitée comme une zone sans témoin. Des habitants ont donné l’alerte. Des blessés auraient franchi la ligne pour se faire soigner. Une vidéo circule. Aucune enquête indépendante n’a été annoncée, du moins dans les dépêches que nous avons consultées. Nous ne plaidons pas pour l’ELN, et nous ne pleurons pas une armée. Nous refusons seulement que des morts comptés dans les arbres restent sans autre état civil que celui d’une dépêche.

J’accuse enfin le réflexe qui consiste à attendre que l’oubli fasse son travail. Dans les dépêches consultées, nous n’avons trouvé aucune réaction officielle de Bogotá ni d’une instance internationale. Si elle existe, qu’elle soit publiée. Si elle n’existe pas, qu’on dise pourquoi.

Nous réclamons des actes précis. Que les autorités vénézuéliennes confirment ou démentent l’opération, en nommant l’unité qui l’a menée. Qu’elles publient un bilan établi par des médecins légistes, avec l’identité des morts. Qu’elles disent s’il y a eu des civils parmi eux. Qu’une mission indépendante, internationale ou humanitaire, soit autorisée à se rendre à Buena Vista del Meta. Que la Colombie rende publique la prise en charge des blessés passés sur son territoire. Une guerre aux marges n’excuse pas qu’on la mène dans l’ombre.

Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de A.D..