J’accuse Radio France de confondre pluralisme et provocation
Deux jours de grève à Radio France pour contrer l'arrivée d'un responsable venu de Valeurs actuelles. Le service public se déchire sur ce qu'il doit être. L'Aurore prend la question au sérieux, et refuse les deux caricatures.
Les micros se taisent pendant quarante-huit heures. Les salariés de Radio France font grève pour s’opposer à la nomination d’un responsable issu de Valeurs actuelles. D’un côté, on crie à la censure syndicale. De l’autre, on crie à la prise de contrôle idéologique. Les deux camps ont déjà leurs éditoriaux prêts.
L’Aurore ne jouera pas ce jeu. La question n’est pas de savoir si un journaliste venu d’un hebdomadaire de droite a le droit de travailler dans le service public. Il l’a. La question est de savoir pourquoi cette nomination arrive maintenant, dans ces conditions, et avec quelle feuille de route.
J’accuse la direction de n’avoir pas expliqué. Une nomination qui provoque une grève de deux jours, c’est une nomination qui n’a pas été préparée, ou qui a été préparée pour provoquer. Dans les deux cas, c’est une faute de gestion.
J’accuse ceux qui, à gauche, parlent de pluralisme et refusent la moindre voix dissonante dans leurs couloirs. Le service public n’appartient à personne, pas même à ceux qui y travaillent.
J’accuse ceux qui, à droite, feignent de défendre la liberté quand ils veulent la revanche. Le pluralisme ne se décrète pas par nomination au sommet ; il se construit dans les rédactions, lentement, par la confiance.
Que la direction de Radio France rende publique la lettre de mission du nouvel arrivant. Que les grévistes disent ce qu’ils accepteraient. Et que le pays, qui paie, puisse juger sur pièces.
La Gazette France (29/10/2026).