Je demande qu’on définisse la désinformation en santé avant de la sanctionner, et qu’on chiffre le plan promis
Le député LR de l'Isère Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé, a déposé jeudi une proposition de loi pour protéger les scientifiques et les soignants contre les procédures abusives et lutter contre la désinformation en santé. Le texte prévoit des sanctions contre les plaintes jugées abusives. Il arrive alors que l'observatoire annoncé en avril 2025 vient tout juste d'apparaître, selon la presse spécialisée.
Je demande d’abord qu’on lise ce texte pour ce qu’il est. Le député LR de l’Isère Yannick Neuder, ancien ministre de la Santé, a déposé jeudi à l’Assemblée nationale une proposition de loi qui vise à protéger les professionnels de santé et les scientifiques contre les procédures abusives et à lutter contre la désinformation en santé. Elle prévoit des sanctions en cas de plaintes jugées abusives contre un chercheur ou un soignant. Elle étend aussi la protection fonctionnelle à tout scientifique d’une agence publique mis en cause. Selon certains comptes rendus, elle crée un dispositif d’infovigilance alimenté par des experts.
Le point de départ est réel. Un baromètre Edelman cité en mai indique que 70 % des personnes interrogées croient à au moins l’une de six affirmations controversées sur l’alimentation, les vaccins ou les médicaments. Un patient qui abandonne son traitement sur la foi d’une vidéo n’est pas une abstraction. Le problème mérite mieux qu’un slogan, et mieux qu’une loi bâtie sur un mot flou.
Je demande ensuite qu’on regarde la méthode. En avril 2025, M. Neuder, alors ministre, voulait que ce jour soit « le jour 1 de la guerre contre la désinformation ». Il annonçait un observatoire, un label, des ambassadeurs. Un sociologue notait déjà qu’aucun budget spécifique n’était promis. Sa successeure, Stéphanie Rist, a ensuite présenté une stratégie nationale, et l’observatoire restait encore « en cours de réalisation ». Selon Génération NT, l’outil promis dès avril 2025 a fini par voir le jour il y a quelques jours, et ce site y voit un pari sur TikTok. Dans le même temps, JIM.fr rapporte que le prédécesseur juge la politique de la ministre insuffisante. Le système annonce, passe la main, puis critique celui qui a hérité du dossier.
Sanctionner suppose de définir. « Désinformation » et « complotisme » sont des mots de combat avant d’être des catégories juridiques. Que le texte dise noir sur blanc ce qui sera puni, par quel juge, et selon quel critère de vérité scientifique, qui évolue par nature. Une plainte qu’un tribunal juge abusive est une chose. La plainte d’un patient qui s’estime mal soigné, ou d’une famille qui cherche des réponses, en est une autre. La seconde ne doit jamais être refroidie par la crainte d’une amende.
La gauche, elle aussi, doit sortir de son confort. Il ne suffit pas de brandir la liberté d’expression et d’attendre que l’orage passe. Trois experts avaient demandé, dans une tribune, un site public d’information médicale validé par des spécialistes et accessible à tous. Voilà un terrain où une gauche attachée au service public peut proposer un financement, un calendrier, une gouvernance indépendante. Dénoncer sans proposer laisse le champ libre aux plateformes et aux charlatans.
Je demande quatre actes précis et vérifiables. Un bilan chiffré du plan lancé en avril 2025 : budget alloué, moyens humains, calendrier tenu ou non, état exact de l’observatoire. Une étude d’impact publique avant tout vote, avec l’audition d’associations de patients, de magistrats, de chercheurs et de journalistes. Une définition écrite de ce qui est sanctionné, assortie de garanties pour les plaintes de bonne foi. Un engagement de financement durable pour une information de santé publique indépendante des plateformes.
Je demande enfin que la ministre et son prédécesseur se retrouvent devant la représentation nationale pour comparer ce qui a été promis et ce qui existe. Une loi de plus ne remplacera pas un dispositif qui fonctionne. Les Français qui doutent attendent des preuves, des moyens et des règles lisibles, pas une nouvelle déclaration de guerre.
LCP-Assemblée nationale, 29 octobre 2026; franceinfo, 29 octobre 2026; JIM.fr, 29 octobre 2026; What's Up Doc, 19 mai 2026; Public Sénat; Génération NT; Infirmiers.com
- Une proposition de loi déposée jeudi à l'Assemblée pour protéger les scientifiques contre les attaques de complotistes (franceinfo)
- Yannick Neuder va déposer une proposition de loi contre la désinformation en santé « dans les prochains jours » (What's Up Doc)
- Désinformation en santé : l'exécutif dévoile une stratégie nationale de riposte (Public Sénat)
- La désinformation médicale tue à petit feu, et l'État pense régler le problème sur TikTok (Génération NT)
- Lutte contre la désinformation en santé : une action gouvernementale encore tâtonnante (Infirmiers.com)
Éditorial rédigé avec l'aide de l'intelligence artificielle à partir des sources citées ci-dessous, sous la responsabilité de A.B.R..